Culture scientifique et technique sur le web

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lundi 30 août 2010

Rencontre avec François Taddéi

En fondant le master "Approches Interdisciplinaires du Vivant" (AIV) puis le Centre de Recherches Interdisciplinaires (CRI), François Taddei a toujours promu une formation des étudiants par la recherche et une autonomisation proche du web 2.0. Appelé par l'OCDE à rédiger un rapport sur l'éducation de "bâtisseurs du savoir créatifs et collaboratifs", il en a profité pour lancer dans la foulée l'initiative Wiser-U (Worldwide Interaction for Science Education and Research in University).

Avec Wiser-U, François Taddei et ses « acolytes » s'attaquent à l'enseignement supérieur pour le faire avancer et imaginer ce que doit être une université ou un campus au XXIe siècle. Sur cette base, ils tentent différentes actions (le Wiser Summer qui rassemble en Chine des étudiants de différents pays, un espace communautaire propulsé par Elgg, des échanges entre Paris et Pékin, le soutien d'outils d'éducation et recherche 2.0…).

Le partenariat permet de donner immédiatement une dimension multiculturelle au projet, en se confrontant à d'autres pratiques universitaires : les étudiants vivent à 8 par chambre sur le campus, qu'ils quittent rarement car la vie est chère à Pékin, et sont 10-20 000 au total ! Cette population doit également permettre un effet levier, à partir d'une masse critique estimée à 100 000 étudiants par F. Taddei.

Les idées ne manquent pas pour améliorer aujourd'hui les habitudes de recherche et aller vers l'université pair-à-pair. Lancer une Université numérique citoyenne, instaurer le lab surfing où (à l'instar du couch surfing) des chercheurs pourraient mettre à disposition les équipements sous-utilisés de leur labo, transformer les bibliothèques en learning centres, croiser les moteurs de recommandation (comme Knowtex, Delicious, etc.) pour mettre en avant les bonnes ressources pédagogiques, etc.

Ce qu'il faut retenir de cette intervention est sans doute le fait d'oser transposer à grande échelle des mouvements comme l'éducation 2.0 ou la science 2.0 encore très isolés. Et tandis que la science 2.0 part généralement des individus pour aller vers le collectif (comme dans le groupe Friendfeed "The Life Scientists", qui est constitué de 1 400 de ces volontés éparses), Wiser-U incarne l'approche complémentaire qui consiste à bâtir un collectif puis à y attirer des individualités, des personnes avec leurs envies et leurs expertises. Cela complique sans doute l'insertion dans le paysage mais donne une base solide pour avancer et pour être reconnu.

dimanche 11 avril 2010

Nouveaux rapports des chercheurs aux publics

Tel est le titre de l'atelier que j'animerai le 28 avril à l'Institut national d'histoire de l'art, pour le colloque international « Le numérique éditorial et sa gouvernance : entre savoirs et pouvoirs ». L'argumentaire de cette table-ronde est le suivant :

Arrêtons-nous un instant sur les nouvelles injonctions faites aux chercheurs dans un "monde 2.0" et prenons les au sérieux : publier dans des revues en accès libre et des archives institutionnelles, commenter publiquement les articles des pairs, mettre en ligne ses données brutes, tenir un blog et engager la conversation avec les internautes, twitter en direct d'un congrès, contribuer à Wikipédia…

Dans ce grand chambardement, la "science chaude" côtoie la "science froide" (Bruno Latour), le temps de la publication est accéléré, la communication scientifique et la communication médiatique se brouillent. On demande au chercheur d'être présent simultanément sur toujours plus de fronts, de parler haut et fort et de faire de son travail un spectacle. Est-il prêt à une telle mise en scène ?

Le public se trouve exposé à de nouvelles étapes des processus de recherche : données brutes, controverses expertes, attaques personnelles et querelles de chapelles. Il doit intégrer à sa culture (scientifique) de nouvelles formes de jugement de la vérité, doit pondérer autorité et popularité, et établit directement un rapport de confiance (ou de défiance) avec les membres de la communauté scientifique. Saura-t-il en tirer le meilleur parti ? Risque-t-on une relativisation des savoirs ?

Les tutelles voient leur autorité questionnée et doivent acter le pouvoir accru d'acteurs multiples et d'une communication plus libre. Elles peuvent soit chercher à reprendre la main soit encourager cette dynamique de la base en l'inscrivant dans l'activité du chercheur pour en faire un critère de l'évaluation des laboratoires. Où peut mener cette nouvelle configuration des rapports de force ?

Cette anticipation, si elle n'est pas d'effet immédiat, illustre ce qui est en jeu. En changeant l'organisation du travail de recherche, c'est plus profondément à la science que l'on touche et aux normes publiques de vérité qu'elle s'est fixée, de la même façon que Wikipédia change notre rapport au savoir. Cette table-ronde se penchera sur toutes les sciences, en envisageant l'ensemble des transformations induites par l'environnement numérique et les nouveaux outils du web 2.0.

mardi 6 avril 2010

Colloque international "Le numérique éditorial et sa gouvernance : entre savoirs et pouvoirs"

Le groupe Traces est partenaire du colloque international "Le numérique éditorial et sa gouvernance : entre savoirs et pouvoirs" qui se déroulera à l'Institut national d'histoire de l'art (Paris) du 28 au 30 avril. Nous sommes heureux d'avoir contribué à mettre sur pied ces journées qui devraient être riches de présentations et d'échanges, autour de l'édition numérique, de la démocratie scientifique, des réseaux de savoirs, de la formation en ligne…

Colloque INHA

J'attire en particulier votre attention sur l'atelier "Nouveaux rapports des chercheurs aux publics" que j'animerai le jeudi 29 de 11h à 13h. Je recevrai Ghislaine Chartron (CNAM, INTD), Bastien Guerry (Wikimédia France), Olivier le Deuff (Université Lyon 3 et Prefics), Alexandre Moatti (Conseil scientifique du TGE-Adonis) et Joëlle Zask (Université de Provence) pour tenter de comprendre comment les réseaux sociaux, la publication en ligne, les plateformes de partage et les blogs — bref, le web 2.0 — transforment l'accès du grand public à l'information scientifique, l'organisation de la communauté des chercheurs et son rapport aux tutelles.

samedi 20 février 2010

Retour sur le congrès ScienceOnline 2010

Lors de notre dernière réunion, nous sommes revenus sur le congrès américain ScienceOnline 2010 consacré à la science sur le web. S'agit-il ou non d'une "non-conférence" (unconference en anglais, souvent assimilée au bar camp en français) ? Son co-fondateur et co-organisateur Bora Zivkovic répond entre oui (pour le contenu des sessions) et non (pour le mode d'organisation), ce qui nous a permis de discuter de ce qu'est une "non-conférence".

En tous cas, le site/wiki du congrès reste exemplaire dans sa densité et l'abondance de liens vers les témoignages et compte-rendu des participants, lesquels pullulent en ligne. Où l'on constate que sur une quarantaine de sessions, environ 10 abordaient la question du journalisme scientifique à l'heure du web. Ce sujet numéro tient notamment au contexte américain où, plus qu'en France, le statut du journalisme scientifique dans les rédactions tout comme l'état des médias se fragilisent. Clairement, il ressortait que c'est aux scientifiques de prendre la parole pour remplacer ces plumes qui se raréfient, et notamment par leur blog.

Les autres thèmes abordés par la conférence sont, en vrac :

  • comment monétiser son blog pour en tirer des revenus (en français, l'exemple du blog de Paul Jorion a été discuté — cf. sa politique de dons)
  • importance de la politesse dans les échanges en ligne
  • la science sur les blogs est-elle fiable ? L'exemple du climat a été longuement abordé et lors du congrès, il est ressorti que les sociétés savantes pourraient tenir ce rôle de recommandation et pointage facilitant la navigation dans les ressources en ligne
  • entreposage et préservation des données numériques
  • gouvernement 2.0. : alors que cette question semble déconnectée des problématiques scientifiques, il s'avère que le questionnaire en ligne de Barack Obama sur l'orientation de sa politique fut peu rempli par les scientifiques !
  • la science citoyenne à l'heure des bases de données : la mise en ligne de données de plus en plus nombreuses et complexes ouvre les portes à leur appropriation par les citoyens. Certains cursus étudiants en profitent même pour rendre l'enseignement plus proche de la recherche, et bénéficier en retour à celle-ci !

mardi 26 janvier 2010

Un compte-rendu audio du congrès Science Online

En prévision de la prochaine réunion du groupe de travail, je vous recommande l'émission québecoise "Je vote pour la science" dont le dernier épisode diffusé aujourd'hui revient sur le récent congrès ScienceOnline 2010. Plusieurs sujets sont évoqués, du gouvernement 2.0 à la science citoyenne en passant par l'entreposage numérique, le journalisme scientifique et l'éducation !

À écouter en ligne (MP3).