Biologiste de formation puis enseignant, Philippe Bourlitio a découvert les controverses liées aux biotechnologies avec la naissance de Dolly (1996) et les débats sur les OGM (avec la une de Libération en novembre 1996 et la conférence de citoyens en 1998). A partir de ces sujets, traités en classe mais manquant d'épaisseur dans le débat public, il s'est intéressé aux choix scientifiques et techniques en démocratie.
Certes, l'Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et techniques occupait le terrain, mais après l'organisation de la conférence de citoyens sur les OGM, ils ont passé le relais à d'autres. La Cité des sciences organisera par exemple en novembre 1998 le colloque "L'opinion publique face aux plantes transgéniques" à la Villette. À ce moment là, Philippe change de voie et devient concepteur de formations multimédia, ce qui l'amène à mettre les mains dans le cambouis et à développer son propre CMS. Il crée alors le site Débats science société (sous-titré : "Expérimenter la démocratie participative"), structuré autour de dossiers et de contenus pédagogiques, auxquels il ajoute en 2002 une veille d'actualité et un carnet de bord pour ouvrir la discussion avec les internautes. L'animateur (lui) produit régulièrement une synthèse des discussions.
Le site est aujourd'hui fermé mais attire encore 4 000 visiteurs par mois, avec des pages très populaires comme l'explication de la dérive génétique ou le dossier sur les bébés-bulle (qui recueille encore des commentaires après presque 6 ans). Fort de cette expérience, Philippe a suivi de près tous les débats, conférences de consensus, Grenelle et autres processus participatifs sur les sciences et technologies, notamment à titre professionnel mais aussi au titre de l'association qu'il préside, Sciences et démocratie. Il a élevé ses exigences en matière de transparence, de responsabilité ("accountability"), de dynamique (et symétrie) de la discussion, de synthèse des contributions – autant de lacunes de la plupart des débats publics officiels, dit-il. Il faut parfois s'adapter pour que le débat soit mené dans les meilleures conditions possibles (quitte à improviser) : si un bord vient monopoliser la parole, on peut par exemple créer une discussion thématique dédiée pour éviter qu'il se répande sur les autres fils de discussion.
La structure du site est également importante : on ne fait pas la même chose avec un forum (où les pages risquent de s'accumuler et la mémoire de la discussion de disparaître) ou un blog (qui permet de mettre à la une ce qui se passe dans les différents dossiers du site). Et tout cela se complétant idéalement par des débats en salle.
Récemment, Sciences et démocratie a ainsi produit un cahier d'acteur pour le débat public sur les nanotechnologies, construit collectivement et présenté au même titre que celui de 51 autres organisations. En conclusion, nous dit-il : "Animer c'est prendre un risque de biaiser le débat, mais cela permet des débats plus productif."
Pour aller plus loin :
- entretien avec Philippe Bourlitio sur le blog du community management
- son diaporama de la réunion