Tel est le titre de l'atelier que j'animerai le 28 avril à l'Institut national d'histoire de l'art, pour le colloque international « Le numérique éditorial et sa gouvernance : entre savoirs et pouvoirs ». L'argumentaire de cette table-ronde est le suivant :

Arrêtons-nous un instant sur les nouvelles injonctions faites aux chercheurs dans un "monde 2.0" et prenons les au sérieux : publier dans des revues en accès libre et des archives institutionnelles, commenter publiquement les articles des pairs, mettre en ligne ses données brutes, tenir un blog et engager la conversation avec les internautes, twitter en direct d'un congrès, contribuer à Wikipédia…

Dans ce grand chambardement, la "science chaude" côtoie la "science froide" (Bruno Latour), le temps de la publication est accéléré, la communication scientifique et la communication médiatique se brouillent. On demande au chercheur d'être présent simultanément sur toujours plus de fronts, de parler haut et fort et de faire de son travail un spectacle. Est-il prêt à une telle mise en scène ?

Le public se trouve exposé à de nouvelles étapes des processus de recherche : données brutes, controverses expertes, attaques personnelles et querelles de chapelles. Il doit intégrer à sa culture (scientifique) de nouvelles formes de jugement de la vérité, doit pondérer autorité et popularité, et établit directement un rapport de confiance (ou de défiance) avec les membres de la communauté scientifique. Saura-t-il en tirer le meilleur parti ? Risque-t-on une relativisation des savoirs ?

Les tutelles voient leur autorité questionnée et doivent acter le pouvoir accru d'acteurs multiples et d'une communication plus libre. Elles peuvent soit chercher à reprendre la main soit encourager cette dynamique de la base en l'inscrivant dans l'activité du chercheur pour en faire un critère de l'évaluation des laboratoires. Où peut mener cette nouvelle configuration des rapports de force ?

Cette anticipation, si elle n'est pas d'effet immédiat, illustre ce qui est en jeu. En changeant l'organisation du travail de recherche, c'est plus profondément à la science que l'on touche et aux normes publiques de vérité qu'elle s'est fixée, de la même façon que Wikipédia change notre rapport au savoir. Cette table-ronde se penchera sur toutes les sciences, en envisageant l'ensemble des transformations induites par l'environnement numérique et les nouveaux outils du web 2.0.